Les vautours nos amis !

Publié le 11 Septembre 2013

Les vautours nos amis !

Cet été, France Info diffusait une chronique sur de prétendues attaques «inquiétantes» de vautours allant jusqu’à affirmer qu’une «randonneuse blessée avait été très certainement tuée […]» et ceci en contradiction avec les rapports légistes qui ont démontré que ces oiseaux n’avaient aucune responsabilité dans les faits rapportés. Qu’importe, ce discours a fait des émules avec le Dauphiné libéré qui publiait un article hitchcockien «D’inquiétants vautours meurtriers […] les menaces viendraient-elles du ciel». Ces mêmes journaux face aux résultats d’expertises ont été ensuite contraints de publier des démentis disculpant les vautours. Jeter l’opprobre sur les vautours en leur attribuant un rôle de prédateur qu’ils n’ont jamais exercé a engendré les peurs inutiles qui ont conduit, en France, à leur quasi-extermination à la fin du XIXe siècle. Les vautours sont accusés de tous les maux alors qu’ils partagent avec l’humanité une histoire riche de plusieurs millions d’années, qu’ils ne pillent ni les cultures ni les troupeaux et se contentent juste de débarrasser rapidement l’environnement de ses cadavres avant tout risque de putréfaction et de propagation de pathogènes.

Leur concéder le pouvoir de changer de comportement en quelques années pour se muter en des «prédateurs» équivaut à tout ignorer de l’évolution des organismes vivants et de la sélection naturelle. Ils ont traversé les âges en se focalisant sur la nécrophagie. Leur évolution leur a permis d’acquérir des caractéristiques parfaitement adaptées à la consommation d’animaux morts. Comment soudainement auraient-ils pu développer de nouveaux comportements pour devenir prédateurs ? Ceci n’est pas dans la logique de la nature.

Pour se nourrir, la plupart des organismes vivants répondent à des stimuli. Concernant les prédateurs, le stimulus principal est le mouvement des proies alors qu’à l’inverse, pour les vautours, les stimuli principaux sont la posture d’un animal agonisant et l’immobilité avec absence de réaction lors des manœuvres d’approche des oiseaux. Un animal sain et en pleine possession de ses moyens laisse donc les vautours indifférents. En témoigne, la tranquillité des troupeaux qui continuent paisiblement de brouter lorsqu’apparaît l’ombre d’un vautour. Les bergers qui ont gardé la mémoire des vautours le savent bien, ils les respectent à l’égal de leurs chiens, car ils n’ignorent pas les grands services qu’ils leur rendent en débarrassant les parcours pastoraux des cadavres d’animaux morts. Lors d’interventions ante mortem, les vautours ne font simplement qu’anticiper la mort d’animaux déjà condamnés, ce qui ne peut pas s’apparenter à des comportements de prédation qui impliquent une volonté délibérée du prédateur de mettre à mort sa proie avant de la consommer.

Les vautours sont nos alliés essentiels en recyclant les carcasses d’animaux morts, en réduisant les risques d’émergence et de dispersion de souches pathogènes et en jouant également un rôle culturel, social et économique. Dans ce siècle de toutes les peurs, la menace ne vient pas du ciel. L’ombre du vautour qui plane au-dessus des verts pâturages illustre seulement une biodiversité qui s’exprime dans sa fragile complexité.

Allain BOUGRAIN-DUBOURG président de la Ligue pour la protection des oiseaux

Rédigé par vp

Commenter cet article